Prévention

"Enfin" une mission gouvernementale sur la prévention en santé

Le Premier ministre a confié au député et médecin Cyrille Isaac-Sibille une mission visant à définir et structurer les politiques de prévention. Les propositions, attendues pour juillet, pourraient déboucher sur une loi à l'automne.  

21/01/2026 Par Aveline Marques
Santé publique
Prévention

"L'espérance de vie diffère de 13 ans entre ceux qui ont les bons comportements en santé et ceux qui ont les mauvais comportements en santé. Pour moi, c'est la plus grande des injustices sociales", pose le député (Modem) du Rhône Cyrille Isaac-Sibille. C'est à ce médecin ORL que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a confié, le 13 janvier, une mission sur la prévention en santé. 

"En 45, on a fait une promesse aux Français : le jour où vous serez malade, on vous soignera, quels que soient vos comportements – que vous fumiez, que vous buviez…", a retracé le député lors d'une conférence de presse, ce mercredi. Mais le système de soins trouve aujourd'hui ses limites, tant sur le plan financier que sur le plan de la santé publique. "80% de notre santé est liée aux déterminants de santé, a pointé Cyrille Isaac-Sibille. On dépense aujourd'hui 260 milliards d'euros [Ondam 2026, NDLR] pour n'intervenir que sur 20% de la santé. Comme on a su mettre en place un système de soins, il faut qu'on structure un système concernant la prévention", ambitionne le député, qui se dit très "engagé" sur le sujet. 

Un constat désormais partagé par tous, jusqu'à la "Cour des comptes", sourit le parlementaire, pour qui c'est "le moment. La prise de conscience est en train de se faire à tous les niveaux." "Enfin !", s'est exclamé le député. "Un certain nombre de ministres ont promis depuis les années 2000 une loi de prévention."

La mission, qui sera menée auprès de sept ministères (Santé, Education nationale, Enseignement supérieur et recherche, Travail, Agriculture, Sports et Aménagement du territoire) se concentrera essentiellement sur la prévention primaire ; la prévention secondaire et la prévention tertiaire étant du ressort de l'Assurance maladie. 

Les médecins de prévention sont les plus mal lotis

Elle consistera d'abord à dresser un "état des lieux" des politiques publiques en la matière, des "stratégies" aux "feuilles de route", en passant par les "plans", les campagnes nationales (Mars bleu, Octobre rose, Movember, Mois sans tabac…) et les initiatives régionales, départementales et locales. Lors d'un premier rapport sur le sujet, Cyrille Isaac-Sibille se souvient par exemple avoir relevé pas moins de "36 000 actions de prévention en faveur des jeunes". "Il y a plein de choses qui existent, qui fonctionnent plus ou moins, sans aucune liaison", souligne le parlementaire, qui entend "dresser un inventaire de ce qui marche", plutôt que "créer de nouvelles choses".

La mission devra ensuite fixer des objectifs et des priorités. "Pour la dernière Stratégie nationale de santé, il y avait plus de 100 priorités. Quand il y a 100 priorités, il n'y a pas de priorités", tranche-t-il. Il s'agira aussi de toucher les Français sur leurs "lieux de vie" : école, travail, structures d'accueil des personnes âgées… "Le problème de la prévention, c'est que plus vous en faites, plus vous creusez le fossé entre les gens qui sont en capacité de recevoir le message et ceux qui ne le sont pas, parce qu'ils ont d'autres problèmes, souligne le député. Ceux qui vont faire des consultations aux âges clés de la vie, c'est ceux qui s'intéressent à la santé. C'est l'intérêt du aller-vers." Les entreprises et les complémentaires, dans le cadre des contrats collectifs, ont tout intérêt à promouvoir des actions de prévention, cite en exemple le médecin, évoquant la vaccination antigrippale et le bien-être au travail qui peuvent permettre d'éviter des arrêts de travail.

Nos animaux de compagnie, au niveau de la vaccination, sont mieux suivis que nous

La mission devra ensuite préciser les modalités de gouvernance et de coordination de l'ensemble des acteurs. "Actuellement les soignants formés à la prévention ce sont les trois médecines les plus malades : la PMI, la médecine scolaire et la médecine du travail", pointe Cyrille Issac-Sibille, qui entend faire des propositions sur leur formation, leur statut et leur rémunération. Mais si les soignants "ont un rôle évident à jouer", ils ne doivent pas être les seuls impliqués, insiste le parlementaire. Des enseignants aux "préventeurs", la prévention doit être "systémique". 

Un suivi, avec des indicateurs, doit être mis en place pour évaluer la réussite de ces politiques et de ces actions. "Les données de santé sont insuffisamment exploitées", regrette le député. "Nos animaux de compagnie, au niveau de la vaccination, sont mieux suivis que nous", lance-t-il.

La mission rendra son rapport en juillet prochain, avec l'objectif d'aboutir sur une proposition de loi, voir un projet de loi, à l'automne. 

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Médecine générale
il y a 12 jours
Économiquement , la prévention consiste à améliorer les données du plat de la courbe ( courbe d'économie de santé avec le coût dépensé en abscisses et le gain en santé en ordonnées ) cette courbe est une sigmoide où l'on dégage un gain important pour des gestes simples comme l'hygiène personnelle et dans les structures de soins pour des dépenses minimes ( c'est l'ascension de la courbe ) puis, s'en suit un plat de la courbe où l'on dépense le plus ( énormément ) pour un faible gain , c'est la prise en charge des pathologies lourdes , cardido-vasculaires , neurologiques , oncologiques pour ne citer qu'elles ( les économistes en santé , "y z'aiment pas du tout" ) . Face à cette problématique plutôt mathématique et économique , cette courbe factuelle ne doit pas faire oublier la dimension humaine de la prise en charge de la santé d'une population . ( ce que semble préciser cet article en précisant la châtre initiale de la création de la SECSOC ) Il existe des intrications entre la santé et le politique devant lesquelles il ne faudra pas se masquer la face . Un pays , où l'éducation régresse , où il existe un sentiment d'insécurité , où les stress au travail , dans la famille , où ailleurs sont de pus en plus violents, ne peut pas avoir une population en bonne santé . Les politiciens sont aux premières loges pour permettre au peuple d'être plus serein et par conséquence positive en meilleure santé avec au final des économies . Nos politiciens doivent faire le job pour le peuple . Et là force est de constater qu'ils ne le font pas . Alors Mesdames , Messieurs , au boulot , "ya du pain sur la planche" .
 
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